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• Peskine, BrigitteEcrire sans donner de leçon ![]() Le talent dun écrivain se reconnaît à coup sûr lorsque les personnages nés sous sa plume nous semblent tellement proches que lon y pense comme à des voisins, des proches. Alors Brigitte Peskine est un écrivain, et sa Delphine, 13 ans, une vraie ado qui marquera la littérature jeunesse, cest certain. Placée avec ses frères et sœurs dans un village denfants, elle nest pas dupe une seconde sur son avenir, sur la justice, les éducateurs, les parents, les souffrances. Rien nest simple, et pourtant de la force, elle en a, à revendre même. "Jai pleuré longtemps, je me calmais, puis ça recommençait. Je ne pensais pas quil y avait autant deau dans mon corps (…). Tu ne sais pas ce que jai fait avec le mot de mon père, Audrey ? ces six lettres tremblées qui formaient le mot pardon ? Je les ai mangées. Mastiquées, avalées. Parce que cest dans le ventre que javais besoin de ce pansement." Son quotidien, son chemin, on le découvre dans une correspondance avec Audrey, une amie de son ancien collège. Ce sont des lettres poignantes, déchirantes, dans lesquelles la moindre anecdote fait sourire ou mal, et percute toujours. "Je me sens sale. Je sais bien que cest pas ma faute, ce qui est arrivé. Je le sais avec ma tête, mais pas avec mon corps." Audrey redonne à Delphine le courage qui lui manque parfois, et sait effacer les marques de culpabilité qui rongent la jeune fille. Comme une conscience, comme une piqûre de rappel, elle lui dit juste quelle fait encore partie de la vie, de la vraie, et quelle a le droit dêtre en colère, de douter. "Jai lu dans un livre quil ny a pas de méchants, seulement des malheureux". Un tête-à-tête nécessaire, qui délivre et soulage, qui espère. Jusquà ce que… Bien sûr, on ne vous révèlera pas la fin, mais on sen amuse encore. Par une pirouette plus quastucieuse, Brigitte Peskine a trouvé lespoir où il y en avait si peu, et cest dun grand texte quelle vient daccoucher. Félicitations… Comment est née lidée de Moi, Delphine, 13 ans… ? Je travaille entre autres en tant que scénariste pour la télévision, et TF1 avait un projet de téléfilm sur le thème des villages denfants, avec Annie Duperey dans son rôle de marraine de villages. Ce projet na pas abouti et cest naturellement devenu un roman. Je me suis rendue une journée entière dans un village situé dans le nord de la France, jai déjeuné avec des mères SOS, visionné des reportages… Depuis des années je suis donatrice de cette association, jétais donc déjà bien informée sur leur fonctionnement, et cette visite a permis daller très vite à lessentiel. Cétait une rencontre très forte et très émouvante. Mais ensuite, quand il a fallu écrire, je ne savais pas très bien comment aborder tout cela. Catherine Tessandier, qui travaille pour Pocket, ma alors contactée pour écrire un roman sous forme de lettres, et le déclic sest fait tout de suite : ce serait celui-ci, cette histoire. Javais toute la matière depuis deux ans, et à partir du moment où la forme décriture a été trouvée, je lai écrit en un mois. Jai publié une vingtaine de romans, mais cest celui sur lequel jai le plus pleuré ! Je suis bien rentrée dans la peau de Delphine, et les témoignages que jai reçus depuis que le texte est paru sont tous très encourageants. Jentends pleurer la nuit est postfacé par Annie Gaudière, directrice dAllo Enfance Maltraitée, Lîle de mon père par lUnicef, Moi, Delphine, 13 ans… contient un encart sur les villages denfants… Est-ce une volonté de votre part, ou bien des éditeurs, que celle dassocier vos romans à ces ancrages "réels", quotidiens, associatifs ? Cest une volonté de ma part, toujours. Jai toujours donné la parole aux enfants depuis le premier livre, paru en 1985 et qui traite dune adolescente scandalisée par la maladie dAlhzeimer. Jai constamment écrit du point de vue des ados, et toujours traité des crises dadolescence, des crises des maturation, de la découverte du monde tel quil était. Mis à part La petite annonce, qui est totalement inventé, et qui sinspire juste de nos habitudes familiales de promenades le dimanche, mes romans sont tous inspirés de situations vécues ou non dans mon entourage mais que des ados vivent au quotidien. Il y a un cheminement de ma part vers la maltraitance. A lorigine de lécriture de Jentends pleurer la nuit, il y a le fait davoir vécu une année en dessous dun appartement dans lequel une fillette pleurait, maltraitée psychologiquement. Le mal dans la peau alterne les récits de Richard, lado, et de Fabienne, léducatrice ; Lîle de mon père ceux de Jean-Philippe et de son fils ; Moi, Delphine, 13 ans… ceux des deux amies. Cest une forme décriture qui vous plaît ? Jattends, pour écrire, davoir trouvé la forme qui sadapte le mieux. Et, oui, jaime les romans polyphoniques. Pour Le mal dans la peau, jai rencontré des gens de la protection judiciaire de la jeunesse. Et cela me paraissait plus vrai de montrer comme cela la réaction des adultes face à des ados en difficulté . Tout ça est une question dhonnêteté, je cherche la façon la plus adéquate pour raconter une histoire avec honnêteté, cest-à-dire sans tricher, sans donner de leçons. Cest ce que je détestais dans la littérature que moi je lisais adolescente : quon me donne des leçons. Cest pour cela que je cherche souvent un point et un contrepoint. Cest important. Pour Lîle de mon père, léditeur souhaitait que le récit se base uniquement sur le témoignage de Jean-Philippe, le père, qui a quitté la Réunion pour la France en 1965. Mais si javais construit le roman comme cela, je ne pense pas quil aurait parlé aux ados daujourdhui. 1965 est trop loin pour eux, comment simaginer une ferme de la Creuse à cette époque ? Cest pour cela que le récit alterne avec celui de lenfant. Les thèmes que vous abordez dans vos romans sont souvent très durs : maladie, maltraitance, drogue, délinquance… Vous la-t-on déjà reproché ? Non ! au contraire, jai toujours eu des retours très positifs. Les pédopsychiatres me disent parfois utiliser Mon grand petit frère dans les familles, pour quil y ait un dialogue autour du livre. Lessentiel cest cela, damener le dialogue. Jétais à Martigues la semaine dernière, invitée par un collège à parler autour de la maltraitance, à partir de Jentends pleurer la nuit, et jai pu constater que les professeurs sont contents de pouvoir utiliser ce support pour amener la discussion. Par ailleurs mes livres se terminent toujours bien, mais sans coup de baguette magique parce que la vie nest pas comme ça. Même Mon grand petit frère témoigne de cela, la fin est malgré tout optimiste, cest la vie qui est la plus forte, rien nest désespéré, on sen sort. Cest pour cette raison que je ne pourrai pas écrire de livres sur le suicide, il y a des sujets tabous, en tout cas tabous pour moi. Pour Moi, Delphine, 13 ans… les associations ont eu peur de cautionner le livre par rapport aux propos assez durs que tient Delphine sur les adultes, les psychiatres, les éducateurs, mais ces propos collent à la réalité. Ne pas les dire, ne pas les écrire revenait à mentir, et cela nocculte en rien limportance de ces personnes dans le développement de ces enfants. Le livre ne ment pas là-dessus, il montre que les personnages se renforcent eux-mêmes. Ce qui est frappant quand on lit vos romans, cest ce sentiment très fort que cest en quelque sorte des ados que vient lespoir, la solution, et non pas des adultes. Vous faites dire à Fabienne : "cest lui qui a fait de moi une éducatrice". Oui, cest vrai. Et cest Delphine, par sa rage, par sa force, qui change les choses. Les ados ont cette force en eux. Les autres, les adultes, peuvent construire autour des cadres plus ou moins sécurisants mais lessentiel vient des ados. Entre douze et quatorze ans, globalement le public pour lequel jécris, on a des révoltes très pures, on croit encore quon peut changer les choses, on ne nous a pas encore appris à faire des concessions ou des demi-mesures. Tout se passe dans lextrême, lextrême désespoir ou lextrême gaieté. Mes romans ne traitent que de ça. Propos recueillis par Madeline Roth Chantages Ecole des loisirs Cécile est malade, et sa maladie porte ce nom terrible : anorexie. Mais cest à travers sa petite sœur, Tania, que lon va la vivre. Parce que Tania refuse.Tout, en bloc : les mensonges de sa sœur, les attitudes de sa mère, grandir comme ça, écartelée entre les membres dune famille décomposée qui tentent chacun à leur manière déchapper au pire, cest-à-dire à la vérité. Heureusement, il y a des bouées, des ancrages, des espoirs. Et Tania de conclure : "peut-être la sagesse, la maturité sont-elles acquises quand on prend conscience de sa fragilité ?" - MR ![]() Lîle de mon père Jai lu jeunesse Brigitte Peskine a découvert dans la presse laventure insensée des enfants réunionnais transplantés dans la Creuse entre 1963 et 1965. Elle en a fait un récit émouvant et fort, qui nous fait entendre la voix de Jean-Philippe, lun de ces enfants, et celle de son fils, décidé à recoller les morceaux. Cest là toute la réussite du texte : la détermination de Justin face au désespoir de son père, ou comment se soigent une à une les blessures qui ont fait un homme meurtri dun enfant arraché aux siens. - MR ![]() Le mal dans la peau Livre de poche jeunesse Une année à suivre chaque mois lévolution du quotidien dun ado pris dans la spirale de la délinquance, et dune éducatrice déterminée à len sortir. Ce roman alterne ces deux voix au travers de leurs carnets, celle dun ado tour à tour trop lucide, sans espoir, et une femme qui se bat, doute, abandonne. Le portrait de la mère de cet ado, Richard, est particulièrement troublant. Pas de fatalisme, pas de portrait larmoyant de gens trop éloignés de nous, mais un récit sincère, une année dans le quotidien dun combat pour la vie, et un roman important. - MR ![]() Jentends pleurer la nuit Jai lu jeunesse William emménage avec ses parents dans un nouvel appartement, mais très vite le malaise sinstalle. A létage du dessus, des meubles renversés, des cris, et puis des pleurs, surtout, insupportables. Les pleurs dune petite fille dont personne ne semble se soucier, pas même les parents de William, qui restent silencieux, incapables dagir contre cet " ordre des choses " qui trouble leur quotidien plus quil ne dérange leur morale. Cest William qui téléphonera à Allô Enfance Maltraitée, et Brigitte Peskine évite soigneusement lécueil du happy end, elle nous met face à ces questions, douloureuses, elle pose les choses, simplement et sincèrement. Comment aurions-nous réagi, nous, dans une telle situation ? comment faudrait-il réagir ? Ce roman permet de poser de telles questions, en même temps quil nous permet de réfléchir à ce type sournois de violences, les maltraitances psychologiques. - MR Mis en ligne: Lun. - Mars 22, 2004 » Réagir à cet article |