Mer. - Décembre 8, 2004

• Je fais ce que je peux


Je fais ce que je peux
Sébastien Joanniez, Laurent Corvaisier
Sarbacane - 14,90 €

C’est un refrain connu, il y a de plus en plus de livres jeunesse. En cette fin d’année 2004, on manque de place en librairie pour exposer tous nos coups de cœur. On manque de temps, aussi, pour en parler comme on l’aimerait ! Mais s’il y a un titre qui ne bougera pas de nos tables, qu’on laissera même des mois et des mois, c’est Je fais ce que je peux.

C’est un album splendide, pour qui prend le temps de le lire, de le digérer, de s’approprier ce texte écrit comme une longue prière, un long poème en prose construit sur «je peux / je ne peux pas». En une vingtaine de petits textes autour du monde, de l’aimée, de l’ennemi, du destin, de l’âge, de l’envie, Sébastien Joanniez dresse un portrait plus que touchant d’un enfant sans âge. Un enfant qui grandit, se construit, s’interroge. Un enfant qui a peur de la mort de ses parents, qui découvre la jalousie face à la fille qu’il aime, qui voudrait parfois un autre reflet dans le miroir, qui parle de l’ami qu’il a, le seul.

Les peintures de Laurent Corvaisier sont superbes. Très vives, très colorées, décousues, débordantes de vie et d’énergie, elles s’accordent parfaitement aux pensées de cet enfant que l’on connaît forcément, parce qu’il nous ressemble, parce qu’il ressemble à chacun. Ce que l’on lit, là, on l’a fatalement pensé, un jour. Et chaque enfant également. C’est ce qui fait la force de cet album. D’oser, avec une sensibilité déchirante, parler du quotidien de l’enfance, dans toute sa contradiction : l’amour et la mort, les rêves et les interdictions, les autres et la solitude. Pour finir ainsi :

«il y a maintenant
mes mains tenant ma vie
et le reste reste à faire,
petit à petit,

je fais ce que je peux».

C’est un album bouleversant. Je me creuse la tête pour trouver les mots qui sauraient le décrire justement. Dire simplement que rarement on aura été ému à ce point.

«Comment c’est possible de faire ce que je veux,
Tout ce que je veux
Et rien que ce que je veux
Dans l’existence,
Du début jusqu’à la fin comme j’ai envie,
La perfection de mes rêves les plus fous
Comme de sourire sans besoin d’une blague,
D’aimer comme d’être aimé,
D’être un homme
Et d’avoir des enfants
Puis
Voir des pays
Comme il y a des merveilles à se baigner dans le mieux,

Oui,

La vie comment c’est possible ?»

Madeline Roth

Lire des extraits ici :
Extrait 1
Extrait 2
Extrait 3

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