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• Rencontrer Binette Schroeder![]() Chaque
livre est un nouveau
départ J’ai fait la connaissance de Binette Schroeder à Bâle, dans le cadre du congrès d’Ibby en 2002. Lorsque j’émets, par la suite, le désir de la revoir pour lui poser quelques questions, elle est d’accord de me recevoir chez elle dans sa maison d’un faubourg de Munich. Par Ulrike Blatter La baie qui s’ouvre derrière sa table de travail ainsi que le grand living vitré donnent sur un jardin mystérieux, savamment touffu, aux effets de vert multiple. Je suis évidemment très impressionnée de me trouver chez l’auteur de Fleur-de-Lupin et du Tracteur Max et nous parlons longuement de ces titres déjà anciens mais souvent réédités, comme tout récemment (en allemand et en français) son album Ratatatam. Cette histoire d’une petite locomotive blanche a été écrite par son mari Peter Nickl, qui a également collaboré avec elle pour Les merveilleux voyages et aventures du Baron de Münchhausen. Mme Schroeder me dit qu’elle s’était extrêmement bien documentée pour réaliser les illustrations magistrales de cet ouvrage, se basant surtout sur les gravures d’une édition anglaise, bien plus utile pour elle que les images trop puissantes de Doré, et recueillant toutes sortes de documents, même des renseignements venant de Russie. Mais les collaborations avec des auteurs sont plutôt rares dans l’œuvre de Binette Schroeder. A part celle avec son mari, je ne me rappelle guère qu’une autre : celle avec l’écrivain allemand Michael Ende. Mme Schroeder, j’admire particulièrement l’affiche sombre que vous avez créée pour les lieux d’exposition à la Blutenburg de Munich, dédiés à l’auteur décédé Michael Ende. Je sais que vous avez fait des livres ensemble, l’avez-vous connu personnellement? Binette Schroeder: Nous étions même très amis! Et nous aurions voulu concevoir encore d’autres albums ensemble… C’était un merveilleux conteur, il avait des visions très cohérentes, inventait avec une facilité déconcertante. Pour notre album «Die Schattennähmaschine», la moitié des poèmes ont été réécrits à partir de mes images – c’était vraiment un échange: un ouvrage à quatre mains! J’ai toujours aimé le côté onirique, presque surréaliste de vos compositions, ces fonds de couleur qui – sans être vraiment unis – sont dominés par une tonalité ; avez-vous eu des modèles dans l’art italien ancien ou peut-être dans le surréalisme du 20e siècle ? La Renaissance italienne m’a évidemment beaucoup influencée – ma mère a suivi des cours de couturière de théâtre, et elle m’a montré des ouvrages avec des costumes de cette époque, le Quattrocento, bien sûr, aussi! Chez les surréalistes, ce n’est pas Dali qui m’a marquée mais plutôt – énormément même – Max Ernst. D’ailleurs, j’ai aimé très tôt les ouvrages d’art et j’ai inventé mon premier livre illustré à 12 ans. Quel est le paysage de votre enfance ? Avez-vous toujours habité la Bavière ? J’ai beaucoup vécu en Bavière, car ma grand-mère possédait une maison à Garmisch-Partenkirchen, et après le décès au front de mon père, c’est elle qui nous a accueillies, ma mère et moi. Mais les trois premières années de ma vie, je les ai passées en Allemagne du Nord, et ce sont ces ciels, ces lumières, ces nuages-là (les soleils bas en hiver!) qui m’importent toujours le plus. Quels sont vos prochains projets ? A l’occasion de mes 65 ans, le Musée Burg Wissem de Troisdorf (D) a préparé une exposition d’originaux et de travaux libres; environs 80 œuvres de périodes différentes seront présentées, même des sculptures… Le titre de cette exposition est « Traumfiguren », « Figures de rêve », et elle aura lieu du 28 novembre 2004 au 6 février 2005. Je pense aussi à un nouveau livre, consacré à des comptines de mon enfance où j’utiliserai un mélange de collage, de gouache et d’aquarelle. J’espère prendre moins de temps que pour mon dernier album, Aurore, qui constitue en quelque sorte la suite de Fleur-de-lupin, mais peint, cette fois-ci, avec des pastels sur un carton noir. ( N.d. l. r. L’élaboration des images d’Aurore a pris, en effet, 9 ans et contient des pages qui sont des petits chefs-d’œuvre de luminosité, de poudroiement lumineux – donc de patience! La maison dans les arbres, l’oiseau minuscule sur lequel la fillette s’est installée, la vieille dame devant son chevalet baignent dans une ambiance surnaturelle. La couleur, montée ici à partir du noir, se pare d’une magie fluorescente qui convient très bien à ces atmosphères nocturnes, à ce rêve d’un souvenir – à moins qu’il ne s’agisse d’un souvenir de rêve ? ) Connaissez-vous des illustrateurs avec lesquels vous avez des affinités? J’estime beaucoup quelqu’un comme Wolf Erlbruch. Parmi les plus jeunes, c’est le travail de Wiebke Oeser et Beatrice Alemagna qui m’attire. Rotraut Susanne Berner, toute différente de moi, m’est également sympathique. En général, je n’ai pas de problèmes avec ce que l’on nomme la concurrence. Parfois, évidemment, on rencontre des ressentiments comme l’envie ou l’agressivité… Nous avons fait connaissance à Bâle, lors du vernissage de l’exposition Schau genau – regarde – look twice! dont l’affiche utilise trois de vos illustrations. Aimez-vous ce genre de survol historique de livres illustrés ? Bien sûr! Je suis moi-même une collectionneuse passionnée avec une immense admiration pour les anciens comme Kreidolf, Freyhold, Boutet de Monvel. Ici, à Munich, cette exposition dédiée à la deuxième moitié du 20e siècle a été encore enrichie de volumes de la bibliothèque: elle est d’un très grand intérêt! Je quitte Binette Schroeder en la remerciant pour cet entretien et pour le précieux original qu’elle me permet d’emporter en vue de la couverture de ce numéro de Parole. Traduction : Ulrike Blatter Titres des livres de Binette Schroeder disponibles en français : Ratatatam (Peter Nickl), Nord-Sud Les merveilleux voyages et aventures du baron de Münchhausen (Peter Nickl d’après la traduction de Théophile Gautier fils), Ecole des loisirs Aurore (traduit par Michelle Nikly), Nord-Sud Le Prince Grenouille (d’après les frères Grimm, traduit par A.-M. Chapouton), Nord-Sud Crocodile, crocodile (Peter Nickl), Nord-Sud Florian et Tracteur Max, Ecole des loisirs Fleur-de-Lupin, Ecole des loisirs Calendrier perpétuel, Ecole des loisirs Mis en ligne: Lun. - Février 14, 2005 » Réagir à cet article |