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• Mayapo et Pezzetino
Rencontre
avec Élisabeth Paugam, à propos de son spectacle « Pezzetino
», d’après l’album de Léo
Lionni.
Et si tu nous parlais d’abord de ton parcours, Élisabeth… Après une formation aux Beaux-Arts, je me suis dirigée vers le métier d’institutrice en maternelle, que j’ai exercé pendant 17 ans. Au cours de cette période, je me suis formée sur le tas aux techniques des marionnettes à gaine, et j’utilisais un castelet. Parallèlement à mon travail d’enseignante, je me frottais aux arts du théâtre, et en 1979 j’ai créé la Compagnie du Mayapo. Un peu plus tard la troupe s’est professionnalisée et j’ai quitté l’enseignement. Il me semblait que j’avais autre chose à faire ailleurs, et l’activité de la compagnie me prenait de plus en plus de temps… Il fallait choisir ! En 1991, je suis alors partie me former en Russie, pour apprendre le théâtre synthétique, où tous les arts vivants sont mêlés dans un spectacle. Le mélange des genres rompt un ennui potentiel et évite au spectateur l’engourdissement – cela vaut pour le théâtre « adultes » comme pour le théâtre dit « jeune public. » Justement, le théâtre qualifié de jeune public, pour toi, c’est quoi ? Le théâtre jeune public, c’est pour moi une ouverture à l’imaginaire, au rêve. Une pièce ne doit en aucun cas donner une leçon didactique, mais déclencher des réactions en suggérant des émotions, et faire partir les enfants vers un ailleurs. C’est aussi un théâtre qui part d’un propos et offre un message au public. Pezzetino ne nous en délivre-t-il pas un de taille lors qu’il nous dit : « Si petit sois-tu, tu as ta place. À moi tout seul je suis un tout. » L’important, c’est de dire quelque chose aux enfants, c’est de tenter de répondre aux questions essentielles posées par la vie. Actuellement, il existe deux courants dans l’édition du théâtre jeune public. D’une part les pièces à monter avec les enfants en ateliers, avec lesquelles nous nous heurtons souvent à des problèmes techniques de réalisation des décors, sans parler, lorsqu’on travaille avec des classes, du manque crucial de personnages dans la plupart des pièces. D’autre part les pièces écrites pour être montées par des adultes et destinées aux enfants et/ou aux ados. Parmi cette production, je trouve certaines collections intellectualisantes et je qualifierai le style d’écriture qui y règne de « poésie de pacotille »… Tu parlais du mélange des supports dans les spectacles jeune public, penses-tu que l’utilisation de plusieurs arts vivants soit un moyen de « faire partir les enfants vers un ailleurs », comme tu y aspires ? C’est en tout cas une des clés de la réussite d’un spectacle. La musique est par exemple un support qui fonctionne à merveille avec les enfants. On l’a vu pour Pezzetino, où la composition musicale d’Alexandre Paugam collait parfaitement à l’univers de Lionni. Le rythme du spectacle aussi est primordial. Il doit comporter des contrastes, notamment dans les volumes de voix et dans le jeu des acteurs, ruptures nécessaires pour sans cesse relancer l’attention des spectateurs et les surprendre. Pour moi, c’est le B A BA de la recette d’un spectacle jeune public. Mais il ne suffit pas de mélanger les ingrédients pour que la sauce prenne. Le texte doit être concis, précis, simple, riche et bien écrit… Qu’est ce qui a motivé ton choix de l’album Pezzetino ? Pourquoi adapter un album de littérature de jeunesse, et pourquoi celui-ci plutôt qu’un autre ? Justement parce que c’est un texte magnifique, qui a toutes les qualités requises pour être le point de départ d’un spectacle. Et puis aussi, parce que l’œuvre de Lionni m’était familière, grâce à mes années passées en maternelle… Quant au travail de re-écriture, j’ai tenté d’être le plus fidèle possible au texte original. La fidélité, c’est le respect du travail de l’auteur – ce qui ne nous a pas empêchés de rajouter des personnages et d’en différencier certains de manière suffisamment claire pour que les enfants les distinguent d’emblée sur scène. Lors d’un spectacle, le temps d’appropriation des personnages par le public est très différent de celui qui peut être accordé par une lecture. Un autre problème a été d’accepter de concéder un nez aux personnages afin de leur donner un axe pour les besoins du spectacle. Juste un nez. ça a été un cas de conscience, mais je n’avais pas le choix, et j’ai rajouté ce fameux nez aux marionnettes-cubes qui étaient en mousse et tissu, avec un bon rendu des couleurs du livre. Et les enfants n’ont eu aucun mal à s’approprier les personnages à partir de ça. Ils les ont faire vivre dans leurs têtes. Ils ont parfaitement compris que sans être des humains, c’étaient des êtres vivants… Nous avons remporté le même franc succès en Afrique centrale, grâce à la portée universelle du texte. Y a-til d’autres albums jeunesse que tu projettes d’adapter à la scène ? Rien de précis de cet ordre en ce moment. Mais si un éditeur de littérature de jeunesse est prêt à nous aider à réaliser un spectacle à partir d’une œuvre de son catalogue, nous sommes partants et preneurs de toute proposition ! Propos recueillis par Anne Helman, librairie Chat Perché Théâtre du Mayapo, 7, rue Dolaizon, 43 000 Le Puy-en-Velay, Tél./Fax : 04 71 09 61 50 Email : Lemayapo@wanadoo.fr Mis en ligne: Lun. - Mai 2, 2005 » Réagir à cet article |