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• La vie en rose![]() Le
grand rêve de Flaubert était
d’écrire un livre sur
rien, qui tiendrait seulement par la force interne du style.
Barbie danse le Lac des
Cygnes, de Geneviève
Schurer (éd. Hemma), accomplit l’incroyable défi.
L’histoire puise en effet toute sa force dans sa simplicité : Barbie
se prépare à danser le Lac des Cygnes devant la reine en personne. La
fille de la reine participe au ballet. Tout le monde
applaudit.
En apparence, les personnages n’éprouvent jamais aucune difficulté, sauf à la page 20, où la façade se fissure et où le lecteur réalise le doute existentiel qui ronge Stacie, sœur de Barbie : «Figurez-vous que demain, c’est l’anniversaire de Sarah. Un peu rapidement, j’ai promis de faire un gâteau… et je me demande bien comment je vais m’y prendre… Je suis plus douée en tennis.» Or, les chapitres suivants ne parleront ni d’anniversaire ni de Sarah, simplement d’un pique-nique en bord de lac. C’est par cette soudaine absence, ce vide créé dans l’horizon d’attente du lecteur (Qu’est devenue Sarah ? Fête-t-elle son anniversaire seule et sans gâteau ?) que le lecteur, empli d’un malaise indéfinissable, saisit l’angoisse profonde de ces personnages erratiques. Pourtant, au delà de tout désespoir, la préparation du ballet est une leçon de courage et d’humilité qui mobilise chacun pour accomplir une œuvre commune : «Ils adoraient tous monter sur scène devant un vaste public et avaient tous jurer de très bien travailler au cours des trois mois à venir pour être magnifiques sur scène…» Les personnages ne cessent de tisser des liens d’amour dans une effervescente suractivité, comme si la mort n’avait plus prise dans la comédie de la vie : «Les unes après les autres, nos amies se sont succédé à la salle de bain, et bientôt les portes des placards ont résonné, pendant que Skipper cherchait son short rose, que Barbie tentait de remettre la main sur sa casquette, et que Stacie cherchait sa seconde chaussure de sport…» On remarquera dans ces deux extraits que l'auteur a osé imposer une orthographe modernisée et l’utilisation toute célinienne des points de suspension qui viennent, tel un souffle haletant, retenir le texte toutes les trois phrases. L’érotisme délicat de Barbie danse le Lac des Cygnes n’est pas sans évoquer certaines scènes de La Princesse de Clèves. A ce titre, le métaphore du rêve de la licorne phallique est particulièrement évocatrice : «La voici qui passe les premières frondaisons, qui se glisse entre les grands arbres et s’enfonce lentement vers le cœur de la forêt. Elle arrive bientôt au bord d’un lac immense et magnifique.» Geneviève Schurer fait partie de ces auteurs encore méconnus de la presse spécialisée mais qu’apprécient un nombre croissant d’initiés. A tel point qu’une poupée a même été créée en hommage à son héroïne, Barbie… Sébastien Bonifas Aller sur son blog : Cartons Mis en ligne: Mar. - Juin 7, 2005 » Réagir à cet article |