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• Portrait de Pierre Coran“ Tout
est permis en
poésie
Grâce au mot, limage est magie… ”
A lorée du bois
dErbisoeul (près de Mons, en Belgique), Pierre Coran écrit
depuis des années des poèmes, contes ou romans qui demblée
séduisent petits et
grands.“Javance dans lhiver à force de printemps” est une phrase qui colle à la personnalité du grand Pierre. Au beau milieu de la soixantaine, son âme denfant sémerveille à la vision du monde. Quand il trace ses poèmes et comptines, où rédige ses romans, lécrivain tisse avec ses mots lumineux des histoires tirées dun amour vrai de la vie et des gens. Avec Irène, son épouse et complice en poésie, il cherche la trace des émotions et les transmet aux enfants. Avant de choisir lécriture, Pierre Coran avait été instituteur puis directeur de lécole dapplication de lécole normale de Mons. Mais les mots lui tendaient la main et le goût de la liberté la emporté loin des tracasseries administratives. Cette audace lui a souri. Les livres pour enfants, publiés chez Casterman et traduits en japonais et autres langues, les scénarios de films pour la télé et les romans qui ne sétiolent pas dans les rayons des librairies et des bibliothèques. Mais comment en vient-on à écrire pour la jeunesse ? “Par hasard, simplement parce quun bonhomme, en plein cours de mathématique, me demande : Pourquoi vous nécrivez pas pour nous ?” A ce moment là, Pierre Coran avait déjà écrit un roman pour adultes, “LEphélide” (Editions Luce Wilquin). “Mais effectivement, pourquoi ne pas sintéresser aux enfants ?” Il imagine “Trois petits chinois”. Les élèves apprécient et en redemandent. Un par jour. Pierre éprouve le plaisir décrire pour les jeunes. Du plaisir, mais pas de la facilité. Car le livre pour les jeunes est un genre littéraire à part entière. “Les enfants ont leurs exigences et les soigner est indispensable. Ne faut-il pas rappeler quils seront les adultes de demain !”. Ses textes sont appris par cœur par des écoliers des quatre coins de Belgique, de France, du Sénégal et de Louisiane. Parce que les poèmes sont universels. Pierre Coran est également un animateur hors pair. Là où il passe, rien ne sera plus pareil. Car les enfants en garderont un excellent souvenir. Ce nest pas pour rien que les enfants ressentent dans cet homme lamour quil leur porte. Proche deux, Pierre Coran sait très rapidement faire passer le courant, il les amuse en composant des comptines que les enfants se plaisent à répéter. Aux simples questions posées, Pierre Coran apporte des réponses claires comme leau de source. “De lire, décrire, de faire des jeux de poèmes, cest comme le sport : ça conserve” dit-il ! Très jeune, il a toujours voulu exprimer ce quil ressentait de la vie. “ Faire savoir comment, lorsquon était gosse, on vivait sous lOccupation, comme aujourdhui à limage des enfants bosniaques, lon samusait entre la peur et le rire.” Il fait référence ici à sa trilogie “Le commando des Pièces-à-trous” écrite aux éditions Milan*, inspiré de son enfance pendant la seconde guerre mondiale. Pierre Coran émerveille également les jeunes en leur racontant des anecdotes et que dun simple fait divers peut jaillir lidée dun roman où chaque fois il faut se mettre dans la peau du personnage et vivre laction comme si on y participait. “Un roman cest comme une maison… Il y a lartiste, cest larchitecte, il y a lartisan, cest le maçon qui apporte, en cours dexécution, quelques retouches…” Chaque animation de Pierre Coran est un véritable petit cours, une petite littérature vivante. Pour lui, “les poèmes tiennent à de petits détails”. Et pour le prouver, Pierre Coran enroule un pull autour de son bras et demande à son assistance ce que cest. Tous les enfants répondent “un chien, un singe, une girafe…”. En imaginant tout un tas dautres possibilités, les enfants venaient de faire de la poésie. Les enfants ont ensuite ajouté après chaque mot une belle rime. Ce qui a donné des enfants inventant en temps réel des poèmes. Une pure merveille ! Pierre Coran est aujourdhui un de nos grands écrivains pour la jeunesse. Il donne une âme aux mots, souhaite quau travers des phrases, les jeunes souvrent au monde. “Par le jeu de lanagramme sans une lettre de trop tu découvres le sésame des mots qui font dautres mots” Prophète à Paris ! Il est 22h30, un soir doctobre, le téléphone sonne ! Claude Roy, président du Grand Prix de poésie pour la jeunesse, lui annonce la décision du jury. Sur les envois des 422 écrivains du monde francophone, celui de notre poète belge avait émergé du lot. Pierre Coran avait bien reçu une lettre de Paris lui apprenant sa sélection parmi les 14 finalistes mais il navait jamais imaginé un instant être primé. Cest à loccasion de la première fête du livre “La Fureur de lire”, en 1989, que Pierre Coran reçoit ce prix décerné par le secrétariat de la Jeunesse et des sports et de La maison de Poésie. Le recueil inédit intitulé “Jaffabules” sera ensuite publié par les éditions Hachette. Pierre Coran accompagné de son épouse se retrouveront face au Tout-Paris, lui le poète amoureux de la campagne et de la sérénité, vedette dun gala au cours duquel Jack Lang en personne la félicité. Imaginez, le comédien Daniel Mesguich récitant ses poèmes sur “France Culture”, imaginez la lecture dun message du Président de la République, François Mitterand, dans lequel il fait part de son sentiment que la littérature pour la jeunesse marquera la fin du XXe siècle et encourage linitiative de “La Fureur de lire”. Manifestation qui fête son 11ème anniversaire et qui de surcroît a pris une dimension européenne. On a tous un rêve ! Pierre Coran avoue que durant 10 ans, 20 ans, il a gardé précieusement dans son cœur le rêve dêtre publié dans la collection “le livre de poche”. Et justement, à lissue de ce prix, les éditions Hachette lui proposent un beau contrat : la publication en 5.000 exemplaires de “Jaffabules”. Depuis, la France la adopté et linvite à participer aux nombreux salons du livre de jeunesse. La publication de “Mémoire blanche” aux Editions du Seuil sinscrit dans le cadre et lesprit de cette reconnaissance. Le texte de ce très beau plaidoyer pour le travail des Alcooliques Anonymes a été accepté en première lecture par Pierre Gutman, directeur de la collection Fictions au Seuil. Le rêve continue grâce à sa trilogie des “Pièces-à-trous” parue aux Editions Milan qui est devenue un film. Pierrot de Heusch, réalisateur bruxellois, a été séduit par ces trois romans où la guerre 40-45 est vue par des enfants. Daniel Prévost puis Galabru ont été sensibles, eux aussi, à ces histoires dhier où le rire côtoie la peur, et tous deux ont accepté de tourner dans ce court-métrage réalisé au début de 1998. Le talent de Pierre Coran récompensé par la Belgique ? Il est vrai que la Belgique se fait toujours attendre pour reconnaître ses auteurs ! Pierre Coran figure, parmi les rares auteurs de jeunesse, dans la presse flamande. Des articles sont parus dans le “ Knack ”, “Het Belang van Limburg”… La presse francophone nest pas restée indifférente et de nombreux articles lui ont été consacrés lors de ses passages en bibliothèque ou dans les écoles de notre pays. Le service du Livre Luxembourgeois de la province de Luxembourg lui a consacré un dossier spécial avec la complicité de son fils Carl Norac. Le 7 avril dernier la Ville de Fontaine-LEvêque (région de Charleroi) a inauguré la section jeunesse de la bibliothèque en lui donnant le nom de Pierre Coran. Mais, ce qui a fait fort plaisir à notre auteur, cest davoir été proposé comme candidat belge par la section belge francophone de lI.B.B.Y.*, aux Prix Hans Christian Andersen 2000. Une nomination qui lui est allée droit au cœur, et sil nen est pas le lauréat, nous sommes heureux de lavoir proposé. Au lendemain des résultats, il nous a écrit ceci : “Bonjour à toutes et tous ! Je veux, à lheure où les lauréats sont connus, vous redire ma gratitude pour la confiance que vous mavez témoignée en me nominant aux Prix Hans Christian Andersen. Cette attention m'a ému et m'encourage. En sympathie vraie, P. Coran.” Laventure continue ! Aujourdhui, Pierre Coran est un homme heureux. Plus de 100 ouvrages à son actif, reconnaissance des diverses maisons déditions qui le sollicitent : Labor, Magnard, Hachette, lécole des loisirs, Milan, Casterman… Et la dernière bonne nouvelle, cest dêtre grand-père avec la venue de la petite Else née en novembre 1999. Faut-il le rappeler : son fils, Carl Norac, le suit à la trace et figure depuis quelques années parmi nos grands écrivains belges. Luc Battieuw Mis en ligne: Lun. - Février 2, 2004 » Réagir à cet article |