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• Nouvelle Calédonie : L'avenir est ouvert![]() En
guise de présentation de la Nouvelle-Calédonie, extrait d’un
article
de Jean Perrot consacré à Claudine Jacques, l’auteure de K@o.nc
ou le vrai voyage de Clara
(éditions Grain de
Sable).
Marquée par la conscience des enjeux de la société traditionnelle en pleine mutation, et dans laquelle l’inégalité menace les Kanak, les femmes (soumises encore parfois aux mariages imposés) et plus particulièrement les filles, K@o.nc ou le vrai voyage de Clara devrait être dans notre article l’occasion d’un voyage instructif dans l’autre hémisphère, vers ce que nous appellerons une «île de la Résistance», l’antithèse involontaire de «l’île de la Délivrance» d’Alexandre Jardin. Une île doublement virtuelle et fictive, mais correspondant à un Territoire, bien réel celui-ci, où, fixé par les accords de Nouméa du 8 novembre 1998, le vote de 2018 décidera du destin de peuples différents, Kanak et Caldoche, qui, soit se sépareront à jamais dans une nouvelle Apocalypse, soit partageront un destin plus paisible. Et c’est à ce but que travaille ouvertement «l’Avenir ensemble» (termes qui désignent aussi le nouveau parti qui vient de gagner les élections sur «le Caillou» en mai 2004 et qui, avec son nouveau gouvernement présidé par Marie-Noëlle Thémereau, a mis fin au «règne» du néo-gaulliste Jacques Lafleur, président du RPCR, Rassemblement pour la Calédonie dans la République, majoritaire depuis vingt-sept ans). La situation sociale de l’île est marquée par un important exode des jeunes vers Nouméa, par un fort taux de chômage qui menace plus nettement les Kanak déracinés et par le contraste entre une région urbaine industrialisée et une «brousse» où la population rassemblée en «tribus» au mode de vie traditionnel, et parfois encore dans des conditions misérables, ne tire parfois des ressources suffisantes qu’en servant de main-d’œuvre dans l’exploitation des mines de bauxite (et l’on connaît peut-être le litige qui a conduit le nouveau gouvernement élu en mai à reconsidérer l’accord attribuant une nouvelle mine à un groupe canadien) et de nickel (les industriels chinois viennent cette année de passer une volumineuse commande de ce métal indispensable à la fabrication en forte croissance de leurs aciers de qualité). D’où la forte tentation de développer encore ces mines dont l’île porte les coutures à ciel ouvert, avec ses lagons pollués par la latérite mise à nu et que charrient les eaux de pluie. Comme le déclare un ouvrier de la «parabole païenne» de Claudine Jacques: «Ils ont fait venir des étrangers pour abattre les arbres, les déraciner et les pousser à l’eau. C’est là que tout a basculé. L’eau des sources est devenue rouge, rouge comme la sève des sang-dragons.» (p. 54) ![]() D’un autre côté, l’île, avec ses paysages, son climat, sa faune et sa végétation splendides, est parée de beautés tropicales et attire de plus en plus d’Européens, si bien qu’au vu des enjeux du référendum de 2018, un litige porte sur les chiffres des derniers recensements: la population dont les «métissages» ont diversifié les belles apparences, a-t-elle bien les pourcentages, attribués aux différents groupes: Mélanésiens (44,1%), Européens (34,1%), Tahitiens (2,6%), Indonésiens (2,5%), Vietnamiens (1,4%), Vanuatans (1,1%) et autres, comme le journal Le Monde l’indiquait dans un article du 24 août 2004? Un changement culturel apparaît, en tout cas – et le travail d’édition du CRDP de Nouméa pour la promotion de la culture kanak, comme le début de publication d’albums en langues locales (Ciixa ma ciibwi, Création Grain de Sable, 2004) commandées par la Province Nord de l’île, dont le président Paul Néaoutyine dirige aussi le Palika (Parti de Libération kanak) le montrent – annonçant que l’avenir est ouvert. Enfin, et très importante pour le modèle qu’elle pourrait fournir à tous les pays cherchant à dépasser les contradictions laissées par les séquelles du colonialisme, une série de cérémonies organisées par l’Association Comité Réconciliation a eu lieu du 17 juillet au 8 août 2004 à Hienghène, Maré, Ouvéa: au cours de ces journées, résultat de négociations de plusieurs années entre les différentes tribus et groupes kanak, des «paroles de réconciliation» ont été prononcées et des rituels traditionnels ont entériné le pardon «pour le sang versé» dans les années difficiles depuis 1984. Comme l’écrit la revue Mwà Véé dans son numéro de mars 2005 qui rend compte de tout le processus de fraternisation, il s’agit de «tourner la page pour en écrire de nouvelles». Jean Perrot
Photo 1 :
Bébé-lectures dans la tribu de Mia
Photo 2 : Forêt, Province
Nord
Mis en ligne: Jeu. - Juin 30, 2005 » Réagir à cet article |