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• Réséda Ponga et Jocelyne Maléta HoumbouyRéséda Ponga et Jocelyne
Maléta Houmbouy, les auteures respectives de Mèyènô et de
L’Enfant Kaori témoignent ici du sens de leur écriture, de leur
combat.
Quel est le parcours qui vous a
amenée à écrire le texte de l’album
Mèyènô? Dans votre texte, c’est une vielle
femme qui introduit l’histoire de Mèyènô. Elle va la
raconter à sa petite-fille, Nôe. Est-ce une façon pour vous de
rattacher votre écriture à la tradition
orale? Dans la tradition kanak, le conte tient
une place toute particulière, puisque la culture kanak s’est
manifestée longtemps de façon uniquement orale. Qu’a
représenté pour vous le fait d’écrire un
conte? Mèyènô signifie celui qui
cherche l’histoire ou la parole. N’est-ce pas aussi dans une
certaine mesure le défi de tout Kanak aujourd’hui: réhabiliter
son histoire et faire entendre sa parole? Mèyènô est un jeune
garçon, l’album raconte son parcours jusqu’à la mer. Les
couleurs de l’album passent alternativement du bleu de la rivière et
de la mer au rouge de la terre. Le lézard est le totem de
Mèyènô. Le concept totémique est parasité par les
clichés de l’ère coloniale, entre autres le poteau de torture au
milieu du camp des sauvages! Pouvez-vous nous éclairer sur le sens de la
notion de totem?
L’album se termine par la noyade
de l’enfant dans la mer. Son grand-père effectue le même chemin
pour rejoindre son petit-fils au pays des ancêtres. Quelle est la valeur
symbolique de cette fin? Elle paraît échapper au lecteur
occidental. La présence du texte français
et du texte en a’jië, au lieu d’être gênante, ajoute
une dimension supplémentaire à la lecture. Vous êtes à la
fois l’auteure en a’jië, la traductrice en français, et la
voix qu’on entend sur le CD audio joint à l’album. Comment
vivez-vous ce bilinguisme?
Il faut dire que la langue a’jië est parlée sur une grande aire de la Nouvelle-Calédonie, mais elle a des variantes. À Kouaoua, d’où je suis originaire, l’accent est différent, quelques mots aussi. Mais, je voudrais dire que pour cette fois je valorise à travers le CD la langue de Kouaoua et j’en suis très fière (rires). À travers ce bilinguisme, je mets en avant une partie de ma culture et celle de mes anciens et je voudrais que ma fille aussi le fasse et je revendique le droit de ne pas priver ma fille de cette richesse que m’ont transmise mon père et ma mère et ma parenté, et tout mon clan. Propos recueillis par Patrice Favaro Répandre la flamme «Sommes-nous capables aujourd’hui, par l’écriture, de partager nos connaissances? Je dirais oui», Jocelyne Maléta Houmbouy, l’auteure de L’enfant Kaori (L’enfant Kaori / Wanakat Kaori, conte kanak en français / ïaaï, Jocelyne Maléta Hombouy, Isabelle Goulou, Grain de sable / Centre culturel Tjibaou) La lecture
et le livre: il y a cinq ans, quand j’ai commencé à travailler
en bibliothèque, on parlait surtout de la difficulté d’apprendre
le français, du problème de la lecture et, en général, de
l’échec scolaire chez nos enfants issus de tradition orale, locuteurs
du iaaï et du faga-ouvéa (deux langues vernaculaires
d’Ouvéa). Devant ce constat, avec les moyens dont je disposais,
j’ai alors créé une sorte de «passerelle» pour
permettre une rencontre entre l’enfant et le livre;
c’est-à-dire qu’au sein de la bibliothèque,
j’animais des lectures, je partageais avec l’enfant ce qu’il
avait ressenti en écoutant l’histoire, puis je l’invitais
à lire à son tour, pour qu’il se sente libre de poursuivre et de
découvrir par lui-même. L’objectif est que l’enfant prenne
plaisir à lire avec un instrument capable d’éveiller ses sens,
et qu’à la longue il accepte le livre, à l’exemple
d’autres objets du quotidien, comme un élément
s’intégrant dans la case et participant à son
épanouissement.L’écriture comme un moyen de conservation de notre patrimoine culturel: voici un autre objectif dont j’ai fait mon cheval de bataille. À travers de mini ateliers comme la création de poèmes, de contes, de textes libres, j’initie les enfants et les adolescents à l’écriture. Cette collaboration avec moi leur permet de découvrir la richesse de la langue française et de comprendre que cette richesse existe aussi dans nos propres langues. Parvenue à ce stade, il m’est paru indispensable de montrer le chemin, en me mettant à écrire moi-même. J’ai utilisé pour cela les techniques apprises lors de stages d’écriture et d’illustration où j’ai cherché à acquérir les bases d’un outil indispensable, non seulement pour mon métier de bibliothécaire au service d’un public, mais également en faveur de la conservation de notre patrimoine culturel kanak qui englobe la tradition, les langues, les contes… et notre histoire. Car en réalité, d’auteurs originaires d’Ouvéa, je n’en connais que quelques-uns; des bouquins écrits par des d’auteurs originaires d’Ouvéa il y en a peu. Alors je me suis posé la question: «Sommes-nous capables aujourd’hui, par l’écriture, de partager nos connaissances?» Je dirais oui, et c’est ce que j’ai essayé de faire avec l’album l’Enfant Kaori. Mais il faut le temps et de la volonté pour répandre la flamme. Jocelyne Maléta Houmbouy, UVA, le 3 mai 2005
Mis en ligne: Mar. - Juillet 12, 2005 » Réagir à cet article |