Historique


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En 1980, il existe en France environ 25 librairies spécialisées pour la jeunesse. Par lettre du 18 mars 1981, Jean-François et Sylvie Sourdais (librairie l’Eau Vive d’Avignon) les convient à se réunir à Paris lors du premier Salon du livre.

En l’an 1981, lors du premier Salon du livre, sous la verrière du Grand Palais, se sont réunis une vingtaine de libraires originaux et un peu fous : en effet, ils ne s’occupaient que de livres pour enfants ! Ils décidèrent de fonder une association ayant pour but la défense et l’amélioration du réseau de librairies spécialisées pour la jeunesse. Après une année de gestation, l’Association des librairies spécialisées pour la jeunesse prit enfin son envol : c’est pourquoi les historiens ont décidé de prendre la date de 1982 comme date réelle de naissance de l’ALSJ…

Nos irréductibles libraires avaient compris que bien qu’ayant de faibles moyens (d’où une cotisation inférieure à 300 F…), ils pourraient se faire entendre grâce à leur imagination et à leur solidarité. Ils décidèrent donc, en plus de réunions de bureau, de se regrouper deux fois par an (puis à partir de 1984 trois fois), en changeant à chaque fois de région pour ces retrouvailles : ces libraires aiment beaucoup visiter, outre les monuments historiques, les antres de leurs confrères.

Nés dans ces réunions toujours très animées (parfois trop au goût de certain-e-s), de nombreux projets ont abouti (d’autres ont échoué, mais nous en reparlerons plus tard, soyons positifs en ce début d’article). L’historien que je ne suis pas en a dressé une liste non exhaustive (et non fastidieuse espère-t-il) :

– Reconnaissance par la majorité des éditeurs (on trouve dans toutes les professions des récalcitrants) du rôle spécifique des librairies jeunesse.

– Organisation d’une librairie spécialisée jeunesse au Salon du livre. Les libraires étaient au balcon (bonjour les courbatures !), mais la réussite fut au rendez-vous : les enfants et leurs parents sont montés (les ministres aussi !) ; nous avons continué par la suite au salon de Montreuil.

– L’année suivante (1986, je précise pour ceux qui n’ont pas suivi), création des prix « Sorcières » ; les bibliothécaires de l’ABF nous rejoignant quelques années plus tard. Ce prix, décerné par des professionnels, est convoité par les auteurs, illustrateurs et éditeurs (contents ceux qui l’ont, pas contents et parfois pas contents du tout ceux qui ne l’ont pas, mais, bon, se faire « tancer » fait partie des risques encourus par un jury impartial, alors on assume…).

– Démarche auprès des éditeurs pour la suppression de la notion d’âge sur la couverture des livres (non, vous ne rêvez pas, cela a bien existé dans certaines collections… mais le marketing de la grande distribution l’emporta finalement sur les considérations de libraires éclairés).

– Création d’une sélection de fin d’année qui, à terme, va devenir (car nous voulons partager nos passions tout au long de l’année, et pas seulement à propos des livres, mais aussi des sujets qui nous touchent) une vraie revue : Citrouille. Pourquoi ce titre ? Je fais un petit retour en arrière. En 1985, nous avons adopté le slogan : « Avec nous, la lecture, c’est pas sorcier ! » – ce n’est pas du français très châtié, d’accord, mais c’est un bon slogan ! Nous sommes rapidement devenus, pour tous, les « librairies sorcières ». Nous avons donc décliné sur ce thème… Pas bête, n’est-il pas ?

– Mise en ligne d’un site internet (eh oui, nous ne sommes pas des libraires ringards), www.citrouille.net, qui est aujourd’hui un des plus visités en littérature jeunesse (car c’est un des plus intéressants, disons-le tout net).

– Défense ardente de la loi sur le prix unique. Membre fondateur de l’ULF, puis du SNL qui se transformera en SLF (actuellement le syndicat le plus important de la librairie française), l’ALSJ a toujours été un acteur essentiel dans le syndicalisme de la librairie.

Maintenant, nous allons nous faire un peu de peine en évoquant des projets restés dans les cartons parce que trop novateurs, ou faute d’avoir obtenu une majorité suffisante (démocratie quand tu nous tiens !). Celui qui m’a le plus marqué (je manque d’objectivité, mais c’est à moi qu’on a demandé d’écrire cet article, alors j’en profite un peu…) était ambitieux et j’y tenais beaucoup. Il s’agissait de créer une librairie « école » et « laboratoire » en association avec les éditeurs et l’ASFODEL (IFL maintenant). Je rêve encore, malgré mon grand âge, que ce projet deviendra un jour réalité (on ne se refait pas). Vente par correspondance, réseau européen de librairies jeunesse sont aussi restés à l’état de projet. Les contacts sont toujours difficiles avec la presse malgré de nombreuses tentatives. Mais les événements les plus douloureux à supporter, ce sont bien sûr les librairies qui disparaissent et auxquelles nous n’avons pu porter secours.

Globalement, le bilan de nos (premiers !) vingt ans d’existence est largement positif. La plus grande réussite de l’ALSJ, c’est le formidable réseau qu’elle a su tresser autour d’elle au fil de ces années. Auteurs, illustrateurs, éditeurs, distributeurs, bibliothécaires, enseignants, organisateurs de manifestations, membres d’organismes officiels ou officieux œuvrant pour l’enfance, nous nous connaissons tous et nous nous apprécions avec et pour nos diversités.

Avril 2001, Jean François Sourdais, Librairie L’Eau Vive
(Jean-François Sourdais a été le premier président de l’ALSJ, à laquelle il a donné sans compter et son temps et son imagination - ndlr)

PS : Cet article est dédié à Nicolas Bardinet, Jean-Marie Cerisier et Jean Delas sans qui cette aventure n’aurait probablement pas été possible. Merci à tous ceux qui nous ont aidé au fil de ces vingt années.