Flon-Flon et Musette [part.2] : Que sont devenus nos contes d’antan ?— Lettre d’un parent

  • Post published:14 octobre 2018
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En 1993, à la parution de Flon-Flon et Musette, le n°4 de Citrouille publia un texte où Elzbieta expliquait la raison de son ouvrage. Très vite, l’album fit grincer quelques dents. Celles, par exemple, de parents d’élèves qui écrivirent à l’éditeur. Le n°7 de Citrouille proposa alors à Suzy, une institutrice de maternelle, et à Cléo, une de ses élèves de six ans, de réagir. Mis en ligne quelques années plus tard, les articles de ces deux numéros de Citrouille provoquèrent les commentaires d’internautes. Revoici l’ensemble en quatre parties :
– Le texte d’Elzbieta
– Les courriers de parents à l’éditeur
– Les témoignages d’une institutrice, Suzy, et d’une de ses élèves, Cléo
– Les commentaires d’internautes

Deux lettres de parents

S’endormir l’âme en paix (lettre d’un parent à l’éditeur)
Flon-Flon et Musette ne correspond pas exactement, je l’avoue, à ce que j’attends d’un ouvrage destiné à de jeunes enfants. De fait Flon-Flon et Musette, sous un titre à la sonorité somme toute innocente, s’avère n’être qu’un recueil d’horreurs. Il est surprenant qu’un éditeur tel que vous ne pense pas que ses livres sont souvent destinés à être lus au chevet des enfants.

Si l’histoire qui nous occupe, et qui me préoccupe, commence d’une manière classique et irréprochable -d’un point de vue pédagogique j’entends- la dégénérescence qui s’ensuit est atterrante ! Que cela soit d’un point de vue graphique (cf. les illustrations montrant des animaux morts ainsi qu’un père, décoré soit, mais estropié tout de même) ou encore d’un point de vue narratif. En effet, la mise en scène de la guerre dans une histoire destinée à des enfants ne me parait opportune dans un monde certes encore en guerre mais tendant, j’ose I’espérer, à s’acheminer vers une paix universelle et souhaitée. Il me paraît improbable qu’un enfant qui serait élevé en écoutant de telles insanités devienne, malgré une fin d’histoire charmante et édifiante, un « foudre de paix ».

Une des dernières phrases, prononcée par le père qui plus est, illustre tout à fait mon point de vue : «La guerre ne meurt jamais, mon petit Flonflon. Elle s’endort seulement de temps en temps. Et quand elle dort il faut faire très attention de ne pas la réveiller». Quelle belle perspective pour un enfant ! Que sont devenus nos contes d’antan, où « ils se mariaient et avaient beaucoup d’enfants », au son desquels l’on s’endormait un sourire aux lèvres et la paix dans l’âme ? Tout en acceptant une modernisation nécessaire, en parallèle à celle du monde, je pense qu’il est encore possible d’inventer des histoires qualifiables de belles et joliment illustrées.

Un conte débile 
Monsieur le Directeur, mon fils est arrivé de l’école avec de la lecture : en voici pour vous. Il est inadmissible qu’un ouvrage comme Flon-FIon et Musette, édité par vos soins, puisse servir de support pédagogique en classe de maternelle. Je constate avec stupéfaction que jamais le mot « paix » n’est cité dans ce livre, alors que la guerre y règne onze fois en seize pages, Comment imaginer qu’une institutrice parle aux enfants du jour sans évoquer la nuit ? Comment parler d’exemple sans y apposer un contre-exemple ? Comment présenter la notion de bien sans l’opposer à celle du mal ? Pourquoi distribuer aux enfants un livre qui ose parler de la guerre sans définir la paix ? Pourquoi dupliquer des images terribles, emplies d’une tristesse et d’une cruauté infinies, appuyées par un texte plein d’amertume ? Je ne vous remercie pas d’avoir placé mon enfant devant un malaise dont on aurait pu se passer: «Mauvaise nouvelle, la guerre va bientôt arriver», «Ton amie est de l’autre côté de la guerre», «La guerre ne meurt jamais, mon petit Flonflon, elle s’endort seulement de temps en temps» ! … Ça, c’est le bouquet ! Si votre intention est de dire que l’amour peut vivre malgré les barbelés, ou encore que la guerre c’est la vie, ayez la décence d’indiquer aussi, en contrepoint, que l’amour peut s’accommoder parfaitement de situations de paix et que la vie peut naître d’autres choses que de viols. Que retirer de positif de votre conte débile ? Rien, si ce n’est que vous prenez mon fils en otage sans annoncer la règle du jeu. Respectez donc la personnalité naissante de mon fils ! Contribuez plutôt à son équilibre ! Et merci de placer ce livre hors de portée des enfants de maternelle.


Flon-Flon et Musette